Mercredi dernier, Kam vous a alertés sur les enjeux environnementaux et climatiques, en faisant notamment un point sur les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. Leo a décidé aujourd’hui de vous parler d’une initiative qui va dans le bon sens : un site qui permet de participer activement à des projets de plantations d’arbres : reforest’Action. Pour en savoir plus, Leo s’est entretenu avec Stéphane HALLAIRE, son fondateur.
Leo : Pouvez-vous nous raconter comment Reforest’Action est né ?
SH : Le site Reforest’Action a vu le jour en 2010, à l’initiative de l’entreprise à vocation sociale 5Continents qui cherche à apporter des solutions concrètes pour agir en faveur de l’environnement et du développement social dans le monde.
Le projet part du constat que replanter des arbres représente un excellent moyen d’agir sur les piliers économiques, sociaux et environnementaux car les effets bénéfiques qui en découlent sont de plusieurs ordres. Ainsi, planter des arbres permet d’améliorer les conditions de vie des populations locales en leur apportant un revenu complémentaire (grâce par exemple à la vente de fruits sur les marchés locaux) et en leur fournissant des aliments ou sources de soins complémentaires, des matériaux et autres services. Cela contribue également à agir sur le climat (stockage de CO2, baisse des températures etc.), à lutter contre l’érosion des sols, à restaurer l’écosystème…
L’objectif du site est d’apporter des solutions concrètes aux particuliers et aux entreprises.
Leo : Est-ce qu’une attention particulière est portée à la sélection des arbres qui sont plantés ?
SH : Oui car il est primordial que les arbres apportent une utilité à la fois à l’homme et à son environnement, et le choix et la combinaison des espèces adaptées au contexte local revêtent une importance majeure. Chaque type fournit des services spécifiques : le bois de coupe qui représente une source d’énergie et de matériaux de construction, évite d’abattre des arbres centenaires dans les forêts primaires, les arbres fruitiers qui apportent des compléments alimentaires et de revenus, les arbres résistants sur les sols dégradés, ou encore des haies vives qui permettent de délimiter et protéger les parcelles.
A cet égard, l’exemple du jatropha au Sénégal est caractéristique. Cet arbre peut pousser sur des terres relativement pauvres. Planté en haies vives autour des champs, il apporte un revenu supplémentaire aux paysans à partir des graines des olives qui une fois pressées produisent du biocarburant. Celui-ci est vendu à une coopérative agricole locale et permet d’alimenter des groupes électrogènes, des moulins à mil etc. Cette production de biocarburant s’effectue à échelle locale sans mettre en péril les denrées alimentaires. Par ailleurs, le jatropha empêche les animaux errants de pénétrer dans les champs et protège ainsi les cultures.
Leo : Comment assurez-vous le contrôle et le suivi ?
SH : L’une des préoccupations premières consiste à s’assurer que l’argent est bien utilisé. Cela explique que l’accent est mis sur la remontée d’informations du terrain sur le site. Reforest’Action a mandaté une entreprise d’audit qui procède à des contrôles chaque trimestre, pour s’assurer que les arbres sont plantés, entretenus, remplacés s’ils meurent.
Nos projets sont présentés et soutenus de manière à être en mesure d’en assurer le contrôle de A à Z, de suivre le bon fonctionnement sur plusieurs années.
Leo : Pouvez-vous nous expliquer comment s’organise un projet ?
SH : Quatre points majeurs peuvent être mis en exergue. Tout d’abord, il faut qu’il y ait un intérêt direct pour les populations locales : ainsi, c’est le paysan qui plante les arbres sur ses propres terres ; il s’agit de la première condition pour que l’arbre soit entretenu. Ensuite, comme le paysan n’est pas forestier, un accompagnement est nécessaire : c’est donc la coopérative agricole locale (SOPREEF) qui fournit soutien et expertise ; elle a recruté un technicien des eaux et forêts qui apporte le savoir-faire, va de village en village, forme des relais techniques locaux et fournit un soutien quotidien. De manière à créer une filière courte locale participant au développement rural des villages des producteurs, une pépinière est mise en place dans les villages pour produire les plants (le technicien organise la pépinière, un habitant du village est recruté pour être pépiniériste). Ainsi est créée une économie locale peu consommatrice d’énergie avec des circuits très courts. Enfin, l’importance des aspects éducatifs et de sensibilisation conduit naturellement à associer les enfants des écoles des villages ; dans certaines écoles, des pépinières sont implantées dans la cour de récréation.
Le soutien depuis la France concerne le financement, l’audit et l’expertise.
Leo : Quels sont les projets en cours et au-delà ?
SH : Actuellement le Sénégal, depuis avril 2011 le Pérou, le prochain en 2012 concernera la France avec la forêt des Landes. Il s’agira du projet « forêt Landes solidaire » : pour chaque arbre planté dans les Landes, deux arbres le seront au Sénégal ou au Pérou ; les arbres seront plantés sur les terres communales, il s’agira de pins maritimes mais aussi de feuillus de manière à réintroduire de la biodiversité. D’ailleurs, dans certaines écoles des Landes, notre partenaire Kinomé participe à des actions de sensibilisation et amène les enfants à planter un arbre dans la forêt tandis que deux autres le sont au Sénégal ou au Pérou.
Leo : Un prolongement avec une filière de commerce équitable peut-il être envisagé ?
SH : Il existe effectivement un véritable enjeu en termes de commerce équitable / éthique en ouvrant de nouvelles filières de vente auprès des producteurs locaux. Le site visant à apporter des solutions concrètes, introduire des aliments produits par des populations en difficulté constituerait un objectif à plus long terme. Toutefois, si une réflexion est actuellement en cours, il convient d’être extrêmement précautionneux et d’agir par étape, afin d’éviter de saturer le marché, de détourner l’activité de son objectif initial ou encore d’impacter le cours de la demande locale.
Leo : Qu’est-ce qui distingue Reforest’Action d’autres projets de replantation d’arbres ?
SH : Trois caractéristiques majeures définissent Reforest’Action. D’une part, l’accent est mis sur le projet social : l’arbre est autant utile à l’homme qu’à l’environnement, nous ne nous focalisons pas sur la compensation carbone par exemple. D’autre part, avec ce site, une interface ludique, positive est proposée aux personnes sensibles aux enjeux ESG : l’interface donne envie d’agir, il ne s’agit pas d’effectuer un simple don mais de participer à une démarche collaborative, à un projet d’envergure : être à l’origine d’une vraie forêt. Enfin, le site propose d’importantes et régulières remontées d’information du terrain, ce qui constitue un souci fort de l’organisation.
Leo : Que pensez-vous de la finance responsable ?
SH : Toutes les formes de financement soutenant les entreprises à vocation sociale qui remettent au centre de leurs stratégies des dimensions dont certaines s’étaient parfois éloignées sont utiles. En ce qui concerne l’ISR, plutôt que de labelliser les entreprises respectant des critères, des chartes ESG, une idée serait de « taguer » les entreprises à éviter, de ne financer par défaut que celles qui ont un comportement positif, on irait ainsi plus vite dans le bon sens.
Leo : Merci et à bientôt !
http://www.reforestaction.com/
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