L’ISR doit-il changer ?

Jean PHILIPPE

Je pose la question. Et je le fais avec beaucoup de respect pour tous ceux qui travaillent depuis des années à sa promotion. Constatons seulement que l’ISR n’a pas trouvé son public. Il reste une affaire de spécialiste et ne convainc visiblement pas les épargnants de sa pertinence. Dans le fond, il n’y a pas de raison objective à ce désintérêt, si ce n’est qu’il est proposé par des banquiers et que, à tort ou à raison, ces gens là ne sont pas considérés comme des références en matière d’éthique et de responsabilité sociale. Je dis à tort ou à raison, mais je pense que c’est à tort, car il n’est pas de métier, sauf celui de diamantaire, et de joaillier, qui nécessite autant de contrôle de soi, et des autres, et de précaution avec l’argent. Mais l’ISR est compliqué, et si la confiance n’est pas totale, il est difficile d’en déclencher la souscription.

L’ISR, doit trouver un nouveau souffle et je crois que ce qui n’est pas assez apparent dans la façon dont il est présenté aux épargnant, c’est son utilité concrète. Il demande une démarche intellectuelle alors qu’il veut convaincre des épargnants recherchant l’efficacité. Destiné d’abord à prendre en compte les questions sociales, d’environnement, de gouvernance, il a du mal à trouver sa place logique, naturelle, dans un acte qui est celui d’investissement, donc de recherche de rentabilité. D’ailleurs, quand le produit ISR est proposé par ceux qui bénéficient des capitaux, qui expliquent leurs besoins, leurs actions, l’acte d’achat est plus immédiat et plus serein.

La crise de la dette et la question de la relance de développement économique, avec ses dimensions emploi et production nationale, offrent sans doute une voie nouvelle pour cette forme d’investissement. Si l’on raisonne en chiffres, force est de constater que les 10.000 milliards d’euros qui constituent l’épargne des ménages français pèsent lourd face aux 1.800 milliards d’euros de dette nationale. Notre pays dispose donc de ressources qui, si elles étaient davantage orientées vers le développement économique, apporteraient des solutions durables aux problèmes du Pays. La question se pose donc de savoir si l’ISR, sans renier sa vocation à protéger l’environnement et assurer la durabilité sociale, pourrait s’élargir à l’économique et chercher à concilier la valorisation financière avec la valorisation sociale.

Le Livret sociétaire de Pyrénées Gascogne démontre qu’il existe une vraie appétence des clients pour des produits d’épargne dont la destination est clairement la création d’activité économique sur leur territoire et qui, de surcroît, apportent une aide aux acteurs que sont les associations. La place existe donc pour un ISR qui ne soit ni philanthropique (c’est-à-dire qui transforme des profits en actions sociales), ni utopique (qui croit en des placements financiers idéaux associant rentabilité et valeur sociale), mais créateur de valeurs d’emplois, permettant d’investir de façon très directe et très lisible dans les entreprises territoriales et d’en soutenir le développement.

La campagne présidentielle révèle cette attente très forte des Français de connaître la provenance des produits qu’ils achètent, et de pouvoir consommer des produits nationaux. Cette attente interroge l’ISR qui devrait offrir en plus de critères sociaux et environnementaux, ce critère de production et d’emplois locaux. A bien y réfléchir, ces critères sont d’ailleurs liés, puisque produire et consommer local, c’est accroitre la production du territoire, augmenter ses débouchés, conserver plus de valeur sur place, réduire les transports et les intermédiaires, donc le coût écologique, et créer des emplois locaux. Le plus difficile reste à faire. Inventer les circuits courts qui permettent de favoriser cet investissement et pour cela, inventer les véhicules d’investissement adaptés. Ce n’est pas facile, mais c’est sans doute pour l’ISR une chance de développement.

L’ISR, d’une démarche ancienne à un essor renouvelé

Les Quakers peuvent être considérés comme les pionniers de l’ISR des XVIIIè et XIXè siècles. Acteurs économiques de premier rang connus et respectés pour leur intégrité, ils se sont en effet érigés contre les profits pouvant être retirés du commerce de la guerre et de l’esclavage et ont été précurseurs de l’adoption de critères non strictement financiers pour arbitrer leurs placements. C’est ensuite au début du XXè siècle que l’investissement socialement responsable connaît aux Etats-Unis un développement en lien étroit avec la moralisation de la société (prohibition, réglementation des jeux d’argent etc.), l’avènement du Social Welfare (basé sur le credo social des Eglises), et un certain nombre de changements institutionnels (visant notamment à rééquilibrer les pouvoirs face à la puissance des monopoles). Ainsi, à l’instigation du Conseil Fédéral des Églises Américaines, en 1928 le Pioneer Fund propose des placements financiers pour les congrégations religieuses excluant explicitement les sociétés dont les activités sont en relation avec l’alcool, le tabac et la pornographie (les sin stocks dits industries du péché).

Dans les années 1970, dans le contexte des luttes pour les droits civiques, contre l’apartheid et la guerre du Vietnam, le mouvement de l’ISR prend de nouvelles formes. C’est d’ailleurs dans ce cadre et à ces fins qu’est créé en 1971 le Pax World Fund.

Des préoccupations morales aux préoccupations civiques, les investisseurs adoptent des pratiques plus activistes en déposant des résolutions dans l’objectif d’empêcher certains choix et certains comportements jugés indésirables. Les prémices de l’activisme actionnarial sont à relier à la mobilisation des actionnaires en faveur d’une amélioration des conditions de travail de la communauté noire de Rochester lors de l’assemblée générale de l’un des principaux employeurs. L’activisme actionnarial connait ensuite un essor avec la campagne menée contre General Motors, initialement sur la question de la sécurité des produits, puis pour inciter l’entreprise à modifier un certain nombre de ses pratiques. Pour la première fois dans l’histoire, des résolutions sociales sont proposées à l’assemblée générale. Ainsi, en 1971, la première résolution de vote proposant la cessation des activités en Afrique du Sud est soumise à l’assemblée générale de General Motors, à l’initiative de l’un de ses nouveaux administrateurs, le révérend Sullivan, lequel édictera quelques années plus tard les « Sullivan principles », un code de conduite pour la promotion des droits de l’homme et de l’égalité des chances à destination des entreprises intervenant en Afrique du Sud. La montée en puissance de cette campagne anti-apartheid s’est traduite par le départ de plus des deux tiers des sociétés américaines implantées en Afrique du Sud.

Progressivement, l’investissement socialement responsable intègre d’autres préoccupations liées à la responsabilité sociétale de l’entreprise tout en conservant comme premier objectif la performance financière. Il connaît une réelle expansion dans les années 1980 et 1990, notamment à la faveur du développement des fonds de pension ou encore de l’avènement du Social Investment Forum qui regroupe les principaux acteurs de cette sphère.

C’est au début des anénes 1980 que le premier fonds de partage voit le jour en Europe : Faim et Développement, fruit d’une collaboration entre le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement et le Crédit coopératif, afin de soutenir les économies des pays en développement. En parallèle, en France le premier fonds éthique : Nouvelle stratégie 50, est élaboré par Meeschaert Asset Management sur demande de la sœur Nicole Reille pour que l’épargne de ses semblables soit dirigée vers le financement de projets dans les pays en développement et d’activités veillant au respect de l’être humain. Dans cet esprit, avec d’autres congrégations religieuses la sœur Nicole Reille fonde l’association Ethique et Investissement. Afin de sélectionner les lignes entrant dans la composition de ce fonds, un ensemble de critères a été défini : il s’agit tout d’abord d’examiner l’utilité sociale des activités des entreprises sélectionnées et leur engagement dans la protection de l’environnement, puis de prendre en compte des critères sociaux, avec un regard sur la recherche et développement comme source de création d’emplois, sur la redistribution des bénéfices ; les critères relatifs à la formation, à la responsabilisation des salariés, aux conditions de travail et de sécurité, au traitement des populations fragiles sont ensuite considérés, la dernière catégorie de critères s’adressant aux entreprises s’installant dans des pays en développement et évaluant leur comportement par rapport au pays d’implantation (formation des populations, contribution au développement du pays, transfert de technologie). Une approche best-in-class est retenue, qui favorise l’expression d’une préférence plutôt que l’exclusion d’entreprises et s’inscrit dans la philosophie selon laquelle l’exigence permet d’inciter les entreprises à s’améliorer.

C’est aussi au cours des années 1990 que les agences de notation extra-financière se développent et que les premiers indices responsables pour les portefeuilles actions sont créés.

Dans les années 2000, de nouvelles actions engagées sont menées, conduisant des entreprises, des fonds à se retirer de certains secteurs ou à faire évoluer les réglementations (Cf. l’exemple des BASM). De plus, les exigences en faveur d’une plus grande transparence se développent : en 2003, aux Etats-Unis, suite à une pétition lancée par Amy Domini, la SEC vote une règle demandant aux mutual funds et aux gestionnaires de portefeuille de révéler leurs lignes directrices de vote aux AG, ainsi que les résultats des motions qu’ils ont proposées. En France, l’article 224 de la loi de Grenelle 2 contraint les sociétés de gestion depuis le 31/01/12 à publier des informations sur leurs pratiques d’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.

L’essor que rencontre actuellement le secteur de la finance durable est également à relier dans une certaine mesure aux évolutions législatives et réglementaires qui ont favorisé son développement (par exemple dans le domaine de l’épargne salariale…), mais aussi à un mouvement de balancier des pouvoirs qui va de pair avec une sensibilité et une implication croissantes des acteurs privés et de la société civile.

L’aventure de l’ISR ne fait que commencer ! Kametleo est là pour vous accompagner sur le chemin d’une finance responsable, soucieuse des hommes et de contribuer à un modèle socio-économique durable.

Le fonds Amundi AFD Avenirs Durables

Dans la rubrique « Les acteurs de l’ISR » de notre dernière newsletter, nous vous avons présenté les missions de l’Association Française de Développement et avons évoqué le partenariat qu’elle a noué avec Amundi pour donner naissance au fonds Amundi AFD Avenir Durable. Kam et Leo vous proposent aujourd’hui d’aller à la rencontre de Mathieu AZZOUZ, gérant de ce fonds.

 

K&L : Mathieu, pouvez-vous nous raconter comment ce fonds a vu le jour ?

MA : Le partenariat avec l’AFD est né de la volonté de combiner gestion engagée des fonds et diversification de l’impact social de nos fonds, en travaillant sur une sélection de projets servant à financer des projets créateurs de valeur économique, sociale et environnementale dans les pays en développement afin, notamment, de réduire la pauvreté et les inégalités. Cette collaboration nous permet ainsi de démultiplier notre recherche d’impact social dans le monde entier en bénéficiant de l’expérience de l’AFD en faveur de l’aide au développement. Elle permet également à l’AFD de bénéficier du réseau de distribution de Crédit Agricole. La création d’un tel fonds permet à tout particulier de participer au financement de projets à fort impact social, ce qui lui serait difficilement possible de faire en direct.

 

K&L : Concrètement, comment maximisez-vous cet impact social ?

MA : Grâce à la signature de l’AFD, assimilée à la signature de l’état Français, nous pouvons investir jusqu’à 30% de l’actif du fonds dans les projets, ce qui nous différencie significativement des fonds solidaires habituels qui, selon la réglementation en usage, n’ont pas la possibilité d’investir plus de 10% de leur actif dans ce type de projets. Par conséquent, le fonds est constitué de supports taux, pour un minimum de 70%, et d’une poche flexible actions pour 0 à 30%. 20% sont investis dans des émissions obligataires de l’AFD permettant de financer des projets à grande échelle et jusqu’à 10% dans Proparco, filiale de l’AFD, spécialisée dans le financement du tissu économique local. L’ensemble des projets financés par l’AFD et Proparco visent à donner accès aux soins, à l’éducation, à de meilleures infrastructures aux populations des pays les plus pauvres tout en respectant les enjeux du développement durable et afin d’atteindre les Objectifs du Millénaire.

 

K&L : Quel est l’objectif de ce fonds, à la fois en termes financiers et extra-financiers ?

MA : La gestion de ce fonds est diversifiée et prudente. Elle s’appuie sur une sélection rigoureuse d’OPCVM ISR et sur une allocation entre actions et produits de taux pour réaliser une performance dont l’objectif est de surperformer l’EONIA sur un horizon d’investissement de 3 ans. Depuis sa création en mars 2009, le fonds affiche une performance nette de 5.14%, sa volatilité est contenue (4%). La dimension extra-financière est mise en œuvre conformément aux règles ISR d’Amundi., les objectifs extra-financiers sont d’obtenir une note globale pondérée supérieure ou égale à celle de l’indice de référence : C, sur une échelle de A à G, selon le référentiel Amundi. En outre, ce fonds a obtenu, depuis sa création, le label Novethic

 

K&L : Justement, alors que l’impact investing* est souvent présenté comme une démarche complémentaire de l’ISR, pourquoi avez-vous choisi d’associer des critères ISR ?

MA : Ce choix s’est fait par cohérence et conviction. Pour nous, la gestion de ce type de fonds ne peut que s’inscrire dans une sélection d’instruments ISR. Les projets financés au travers de l’AFD respectent les meilleures pratiques environnementales et sociales sur les thèmes de la lutte contre le réchauffement climatique, l’éducation des enfants ou l’accès à l’eau. Cet engagement nécessite une cohérence globale du fonds AFD. Pour la poche actions, nous nous devons donc d’investir dans les entreprises qui ont le meilleur comportement et incluons également des OPCVM sur la thématique environnementale.

 

K&L : Pouvez-vous nous expliquer quelle méthodologie vous utilisez pour construire votre portefeuille ?

MA : Le principal moteur de performance est son allocation actions. Sur la base du scénario macroéconomique, l’allocation actions cible et l’univers d’investissement sont définis. Puis, la qualité ISR des OPCVM est analysée râce à une grille spécifique qui nous permet de vérifier comment sont intégrées les meilleures pratiques ESG* par la société de gestion et le gérant. Au sein de la poche actions, l’allocation géographique est déterminée. Enfin, la répartition entre les autres classes d’actifs est définie. L’allocation cible est de 30% en monétaire, 20% en émissions corporate et 15% en Obligations d’Etat. Au premier semestre 2011, nous avons privilégié les émissions corporate, au second, le monétaire.

 

K&L : Quelle est la politique de gouvernance appliquée pour ce fonds ISR, à impact social ?

MA : Nous déléguons entièrement à l’AFD la sélection des projets financés Un comité stratégique annuel ainsi que des comités d’informations et financier périodiques réunissent les collaborateurs opérationnels d’Amundi et de l’AFD. Ils définissent les orientations stratégiques des investissements vers les projets d’aide au développement qui semblent les plus adaptés et permettent de présenter de nouveaux projets. Un site dédié (http://www.amundiafdavenirsdurables.org/), permet à tous les porteurs de parts de suivre des exemples de projets financés par l’AFD.

 

K&L : Parmi ces projets, avez-vous des coups de cœur dont vous aimeriez nous parler ?

MA : Il y a de nombreuses expériences dont nous sommes particulièrement fiers et heureux, comme par exemple le projet de production d’électricité au Kenya (pays en risque de pénurie chronique d’électricité) grâce à la combustion de résidus de canne, la création à Madagascar de mutuelles santé pour les bénéficiaires d’activités de micro crédit, le financement d’une meilleure scolarisation des enfants à Haïti, ou encore le système d’assurance santé à bas prix pour couvrir les risques liés à la grossesse qui a vu le jour au Mozambique…

 

K&L : En tant que gérant, quelle est votre vision du marché?

MA : Face à la volatilité du marché et à la forte corrélation entre classes d’actifs, nous privilégions aujourd’hui l’allocation monétaire. Sur la partie obligataire, nous maintenons notre investissement sur les bonnes signatures des pays de la Zone Euro mais, à notre sens, les obligations d’Etat présentent un intérêt très relatif alors que le crédit conserve un potentiel plus élevé, si bien que nous reviendrons plus fortement sur cette classe d’actif en 2012. Les actions, pour leur part, sont à des points bas de niveaux de valorisation mais nous conservons une attitude prudente et nous privilégions, pour l’heure, les actions américaines.

 

K&L : Quelle est à ce jour votre vision de l’ISR et, plus largement, de la finance durable, responsable ?

MA : L’ISR et plus largement la finance responsable marquent le retour aux fondamentaux de l’investissement : apporter aux entreprises bien gérées et profitables les moyens financiers pour leur développement en accord avec l’intérêt des communautés dans lesquelles elles évoluent. D’autre part, les épargnants aspirent à des fonds de placement performants plus simples et plus lisibles et la finance responsable permet cette traçabilité.Je crois beaucoup en la gestion engagée, et donc à l’impact de la finance responsable, qui est de plus en plus reconnue. Elle répond aux attentes des clients, à la quête de sens des porteurs de fonds, permet de mobiliser les salariés, d’accéder aux populations les plus exclues. L’impact Investing permet à chacun de participer à des initiatives aussi bien locales qu’au niveau mondial au travers des fonds de social business**. Les entreprises sociales démontrent qu’un modèle d’entreprise maximisant son impact social tout en dégageant des bénéfices est viable.

Mais, la finance responsable manque de pédagogie auprès du grand public. La semaine de l’ISR et l’existence d’un site comme Kametleo peuvent contribuer à son rayonnement.

K&L : Merci pour tous ces éclairages Mathieu !

 

Notes K&L :

* L’Impact investing est une stratégie d’investissement cherchant à générer un impact social, sociétal et/ou environnemental pour des populations pauvres tout en délivrant un retour financier. Cette stratégie d’investissement est applicable dans de nombreux secteurs d’activités (environnement, emploi, logement, énergie, etc.), la finalité de l’investissement est le premier critère considéré.

** ESG : Environnemental, Social et Gouvernance : les 3 piliers du développement durable. Les critères ESG sont également appelés critères extra-financiers.

*** Entrepreneuriat social ou Social business : il s’agit d’une niche de l’impact investing. Ce concept est né aux Etats-Unis dans les années 80 pour répondre à la montée des crises sociales et environnementales. Son originalité réside dans l’utilisation des forces du marché pour développer des entreprises dont l’activité économique vise à résoudre une problématique sociale, voire humanitaire touchant des populations défavorisées. Construire une entreprise différente, non dans sa forme mais dans ses buts, visant à permettre au plus démunis un accès à des biens ou services essentiels et s’appuyant sur la recherche d’innovations pour satisfaire ces besoins, et dont les dividendes ne sont pas distribués mais consacrés à son développement et à l’abaissement des prix des biens essentiels.

L’Investissement Socialement Responsable en Espagne

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Il est difficile de déterminer la representatitivité des investissements ISR en Espagne, ainsi que leur évolution. Le fait de pratiquement démarrer de zéro, du moins dans le cadre d’investissements en valeurs mobilières, ainsi que le petit nombre d’entités qui exercent ces pratiques dans leur gestion, rendent l’analyse difficile. Même si selon des données SpainSIF basées sur l’étude européenne Eurosif 2010 les chiffres sont de 33 milliards de dollars en 2009, soit 18% du total, ce qui est à nuancer. La majorité provient de fonds investis dans des plans de retraite. C’est dans ce secteur que l’influence des syndicats a entraîné l’adoption de ce type de gestion

En ce qui concerne les fonds en valeurs mobilières, la présence d’ISR représente à peine 0,7% du financement total national. Il n´existe pas de données détaillées sur l’investissement dans des fonds étrangers présents en Espagne, mais la croissance constante de ces fonds laisse présager une évolution favorable. Nous pourrions dire que l’avenir de l’ISR en Espagne est aux mains des compagnies étrangères et de leur volonté d’inscrire leurs produits dans notre pays.

Ceci est le résultat du manque d’information que l’on constate aujourd’hui, mais il existe clairement un marché de niche pour ces produits si nous prêtons attention aux enquêtes. De l’une d´entre elles, menée par les économistes des ONG sans frontières en avril 2007, des données importantes ont été mises en exergue : 60% ne connaissaient pas l´ISR (pour les moins de 36 ans, ce pourcentage passe à 79%), 90% n’en avaient jamais souscrit. Lorsqu’on les interrogeait sur le fait d’adopter des critères de responsabilité sociale en entreprise, essentiellement les critères du Pacte mondial des Nations Unies, le niveau d´approbation de critères d’exclusion ressortait très élevé (avec un score moyen supérieur à 8,5 sur 10).

Comment alors expliquer la faible présence de ce type d´investissement? Fondamentalement parce que les institutions financières ne fournissent pas suffisamment d’information à leurs clients ni à leurs collaborateurs, alors que pour 77% des personnes interrogées il s’agit de leur principale source d’information pour réaliser leurs investissements.

Il existe un autre levier qui peut s’avérer utile dans la commercialisation de ces produits et que sont les avantages fiscaux, à même de favoriser leur développement. En Espagne il n’existe rien de comparable à ce qui se pratique dans d’autres pays européens et même si l’environnement actuel ne le permet pas, nous ne devons pas oublier l’importance de ces mesures dans le choix des investissements.

En conclusion, nous pouvons dire que l’avenir est encourageant mais non exempt de difficultés. Il y a une forte demande potentielle, mais par rapport aux chiffres de pénétration dans les pays voisins comme la France, on pourrait dire que le chemin à parcourir est encore long. Le travail pédagogique des institutions financières est essentiel, les autorités doivent être conscientes de l’importance de ces produits et contribuer à leur développement et, enfin, les gestionnaires de fonds espagnols devraient imiter leurs concurrents internationaux en augmentant l’offre de fonds ISR. Parallèlement, les investisseurs peuvent choisir dans une offre de produits étrangers vendus dans notre pays de plus en plus abondante.