Dans la rubrique « Les acteurs de l’ISR » de notre dernière newsletter, nous vous avons présenté les missions de l’Association Française de Développement et avons évoqué le partenariat qu’elle a noué avec Amundi pour donner naissance au fonds Amundi AFD Avenir Durable. Kam et Leo vous proposent aujourd’hui d’aller à la rencontre de Mathieu AZZOUZ, gérant de ce fonds.
K&L : Mathieu, pouvez-vous nous raconter comment ce fonds a vu le jour ?
MA : Le partenariat avec l’AFD est né de la volonté de combiner gestion engagée des fonds et diversification de l’impact social de nos fonds, en travaillant sur une sélection de projets servant à financer des projets créateurs de valeur économique, sociale et environnementale dans les pays en développement afin, notamment, de réduire la pauvreté et les inégalités. Cette collaboration nous permet ainsi de démultiplier notre recherche d’impact social dans le monde entier en bénéficiant de l’expérience de l’AFD en faveur de l’aide au développement. Elle permet également à l’AFD de bénéficier du réseau de distribution de Crédit Agricole. La création d’un tel fonds permet à tout particulier de participer au financement de projets à fort impact social, ce qui lui serait difficilement possible de faire en direct.
K&L : Concrètement, comment maximisez-vous cet impact social ?
MA : Grâce à la signature de l’AFD, assimilée à la signature de l’état Français, nous pouvons investir jusqu’à 30% de l’actif du fonds dans les projets, ce qui nous différencie significativement des fonds solidaires habituels qui, selon la réglementation en usage, n’ont pas la possibilité d’investir plus de 10% de leur actif dans ce type de projets. Par conséquent, le fonds est constitué de supports taux, pour un minimum de 70%, et d’une poche flexible actions pour 0 à 30%. 20% sont investis dans des émissions obligataires de l’AFD permettant de financer des projets à grande échelle et jusqu’à 10% dans Proparco, filiale de l’AFD, spécialisée dans le financement du tissu économique local. L’ensemble des projets financés par l’AFD et Proparco visent à donner accès aux soins, à l’éducation, à de meilleures infrastructures aux populations des pays les plus pauvres tout en respectant les enjeux du développement durable et afin d’atteindre les Objectifs du Millénaire.
K&L : Quel est l’objectif de ce fonds, à la fois en termes financiers et extra-financiers ?
MA : La gestion de ce fonds est diversifiée et prudente. Elle s’appuie sur une sélection rigoureuse d’OPCVM ISR et sur une allocation entre actions et produits de taux pour réaliser une performance dont l’objectif est de surperformer l’EONIA sur un horizon d’investissement de 3 ans. Depuis sa création en mars 2009, le fonds affiche une performance nette de 5.14%, sa volatilité est contenue (4%). La dimension extra-financière est mise en œuvre conformément aux règles ISR d’Amundi., les objectifs extra-financiers sont d’obtenir une note globale pondérée supérieure ou égale à celle de l’indice de référence : C, sur une échelle de A à G, selon le référentiel Amundi. En outre, ce fonds a obtenu, depuis sa création, le label Novethic
K&L : Justement, alors que l’impact investing* est souvent présenté comme une démarche complémentaire de l’ISR, pourquoi avez-vous choisi d’associer des critères ISR ?
MA : Ce choix s’est fait par cohérence et conviction. Pour nous, la gestion de ce type de fonds ne peut que s’inscrire dans une sélection d’instruments ISR. Les projets financés au travers de l’AFD respectent les meilleures pratiques environnementales et sociales sur les thèmes de la lutte contre le réchauffement climatique, l’éducation des enfants ou l’accès à l’eau. Cet engagement nécessite une cohérence globale du fonds AFD. Pour la poche actions, nous nous devons donc d’investir dans les entreprises qui ont le meilleur comportement et incluons également des OPCVM sur la thématique environnementale.
K&L : Pouvez-vous nous expliquer quelle méthodologie vous utilisez pour construire votre portefeuille ?
MA : Le principal moteur de performance est son allocation actions. Sur la base du scénario macroéconomique, l’allocation actions cible et l’univers d’investissement sont définis. Puis, la qualité ISR des OPCVM est analysée râce à une grille spécifique qui nous permet de vérifier comment sont intégrées les meilleures pratiques ESG* par la société de gestion et le gérant. Au sein de la poche actions, l’allocation géographique est déterminée. Enfin, la répartition entre les autres classes d’actifs est définie. L’allocation cible est de 30% en monétaire, 20% en émissions corporate et 15% en Obligations d’Etat. Au premier semestre 2011, nous avons privilégié les émissions corporate, au second, le monétaire.

K&L : Quelle est la politique de gouvernance appliquée pour ce fonds ISR, à impact social ?
MA : Nous déléguons entièrement à l’AFD la sélection des projets financés Un comité stratégique annuel ainsi que des comités d’informations et financier périodiques réunissent les collaborateurs opérationnels d’Amundi et de l’AFD. Ils définissent les orientations stratégiques des investissements vers les projets d’aide au développement qui semblent les plus adaptés et permettent de présenter de nouveaux projets. Un site dédié (http://www.amundiafdavenirsdurables.org/), permet à tous les porteurs de parts de suivre des exemples de projets financés par l’AFD.
K&L : Parmi ces projets, avez-vous des coups de cœur dont vous aimeriez nous parler ?
MA : Il y a de nombreuses expériences dont nous sommes particulièrement fiers et heureux, comme par exemple le projet de production d’électricité au Kenya (pays en risque de pénurie chronique d’électricité) grâce à la combustion de résidus de canne, la création à Madagascar de mutuelles santé pour les bénéficiaires d’activités de micro crédit, le financement d’une meilleure scolarisation des enfants à Haïti, ou encore le système d’assurance santé à bas prix pour couvrir les risques liés à la grossesse qui a vu le jour au Mozambique…
K&L : En tant que gérant, quelle est votre vision du marché?
MA : Face à la volatilité du marché et à la forte corrélation entre classes d’actifs, nous privilégions aujourd’hui l’allocation monétaire. Sur la partie obligataire, nous maintenons notre investissement sur les bonnes signatures des pays de la Zone Euro mais, à notre sens, les obligations d’Etat présentent un intérêt très relatif alors que le crédit conserve un potentiel plus élevé, si bien que nous reviendrons plus fortement sur cette classe d’actif en 2012. Les actions, pour leur part, sont à des points bas de niveaux de valorisation mais nous conservons une attitude prudente et nous privilégions, pour l’heure, les actions américaines.
K&L : Quelle est à ce jour votre vision de l’ISR et, plus largement, de la finance durable, responsable ?
MA : L’ISR et plus largement la finance responsable marquent le retour aux fondamentaux de l’investissement : apporter aux entreprises bien gérées et profitables les moyens financiers pour leur développement en accord avec l’intérêt des communautés dans lesquelles elles évoluent. D’autre part, les épargnants aspirent à des fonds de placement performants plus simples et plus lisibles et la finance responsable permet cette traçabilité.Je crois beaucoup en la gestion engagée, et donc à l’impact de la finance responsable, qui est de plus en plus reconnue. Elle répond aux attentes des clients, à la quête de sens des porteurs de fonds, permet de mobiliser les salariés, d’accéder aux populations les plus exclues. L’impact Investing permet à chacun de participer à des initiatives aussi bien locales qu’au niveau mondial au travers des fonds de social business**. Les entreprises sociales démontrent qu’un modèle d’entreprise maximisant son impact social tout en dégageant des bénéfices est viable.
Mais, la finance responsable manque de pédagogie auprès du grand public. La semaine de l’ISR et l’existence d’un site comme Kametleo peuvent contribuer à son rayonnement.
K&L : Merci pour tous ces éclairages Mathieu !
Notes K&L :
* L’Impact investing est une stratégie d’investissement cherchant à générer un impact social, sociétal et/ou environnemental pour des populations pauvres tout en délivrant un retour financier. Cette stratégie d’investissement est applicable dans de nombreux secteurs d’activités (environnement, emploi, logement, énergie, etc.), la finalité de l’investissement est le premier critère considéré.
** ESG : Environnemental, Social et Gouvernance : les 3 piliers du développement durable. Les critères ESG sont également appelés critères extra-financiers.
*** Entrepreneuriat social ou Social business : il s’agit d’une niche de l’impact investing. Ce concept est né aux Etats-Unis dans les années 80 pour répondre à la montée des crises sociales et environnementales. Son originalité réside dans l’utilisation des forces du marché pour développer des entreprises dont l’activité économique vise à résoudre une problématique sociale, voire humanitaire touchant des populations défavorisées. Construire une entreprise différente, non dans sa forme mais dans ses buts, visant à permettre au plus démunis un accès à des biens ou services essentiels et s’appuyant sur la recherche d’innovations pour satisfaire ces besoins, et dont les dividendes ne sont pas distribués mais consacrés à son développement et à l’abaissement des prix des biens essentiels.