L’analyse extra-financière chez Amundi

Nous nous intéressons aujourd’hui à la méthodologie d’analyse extra-financière mise en œuvre par Amundi Expertise ISR afin de mieux comprendre comment procèdent les analystes pour apprécier si une entreprise peut être considérée responsable et retenue dans la constitution d’un fonds ISR. Pour cela, nous avons rencontré un membre de cette équipe : Arnaud MOUYSSET.

K&L : Bonjour Arnaud, et merci d’avoir accepté de nous initier à l’analyse extra-financière version Amundi ! Pouvez-vous, pour commencer, nous expliquer sur quelle base vous travaillez et quelle approche vous adoptez ?

AM : Nous travaillons à partir de nombreuses sources de données afin d’avoir une vision précise, équilibrée et la plus exacte possible des entreprises que nous analysons : nous nous appuyons sur les analyses de huit agences de notation extra-financière, sur les études de brokers, nous rencontrons les entreprises et une majorité de leurs parties prenantes : fédérations nationales et internationales, syndicats, ONG, chercheurs, institutions. Nous participons également à différents travaux de place à l’image du groupe qui constitue une liste d’exclusion de producteurs de mines anti-personnelles et de bombes à sous-munitions conformément à la Loi française du 6 juillet 2010 d’application de la Convention d’Oslo et du Traité d’Ottawa. Nous soutenons aussi des initiatives telles que le Carbon Disclosure Project, le Water Disclosure Project, le Forest Footprint Disclosure ou encore l’Extractive Industries Transparency Initiative.

Nous travaillons sur un univers d’analyse de 2 600 valeurs et ne retenons que celles dont la capitalisation est supérieure à 500M€ (afin d’être en cohérence avec l’univers d’investissement des gérants).

Notre philosophie d’analyse dite « best-in-class » consiste à regarder l’ensemble des secteurs selon une approche risques / opportunités afin d’identifier parmi les entreprises les meilleures pratiques et celles ayant une bonne gestion des enjeux ESG.

K&L : Quelle méthodologie mettez-vous en œuvre pour calculer la note des valeurs ?

AM : Nous avons défini un référentiel de 42 critères Environnementaux Sociaux et de Gouvernance : 20 critères génériques et 22 critères spécifiques en fonction des secteurs. Nous appliquons ensuite une pondération en fonction des risques et enjeux inhérents au secteur et de la probabilité pour chacun de ces critères qu’ils impactent la valeur de l’entreprise au travers de vecteurs de performance que sont l’efficacité opérationnelle, la réputation et la réglementation. Plus le risque associé à un critère est important, plus ce critère est pondéré fortement. L’étape suivante consiste à croiser et faire le lien entre les critères des huit agences avec ceux de notre équipe d’analystes et à vérifier la cohérence et la qualité des informations fournies par ces fournisseurs de données extra-financière. Nous calculons ensuite mensuellement pour chaque entreprise la note à l’aide d’un logiciel interne expert. Nous établissons une notation avec des notes globales réparties en septiles, ces intervalles étant ensuite retranscrits en notations A, B, C, D, E, F, G. La gestion ISR d’Amundi est tenue de respecter trois règles : la note d’un portefeuille ISR doit être supérieure ou égale à C, elle doit être supérieure ou égale à la note de son univers d’investissement ou indice de référence. Enfin les émetteurs notés E, F ou G sont exclus de tout fonds ISR.

K&L : La même démarche est-elle adoptée pour les Etats ?

AM : Pour évaluer les performances des pays, nous nous appuyons sur des données publiques d’organismes internationaux, d’organismes spécialisés selon 3 grands types d’indicateurs : Compliance, Actions, Résultats.

K&L : Pouvez-vous nous dire comment vous envisagez la place de l’analyse extra-financière dans la gestion financière à moyen terme ?

AM : Les analystes financiers examinent déjà un certain nombre de critères ESG, notamment en termes de gouvernance lorsqu’ils évaluent la qualité d’un management. Cela leur apporte un éclairage complémentaire aux informations dont ils disposent et leur permet d’améliorer leur vision et leur analyse de l’entreprise ainsi que de son potentiel de valorisation. L’analyse extra-financière devrait peu à peu s’intégrer à l’analyse « classique »…

K&L : Merci Arnaud pour tous ces éclairages !

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